De gauche à droite : Professeur Raquel BARRAS ; Professeur María Isabel NIETO ; Professeur Mercedes GUINEA ; Professeur Antonio MARQUINA.

 

Paix et Coopération a participé les 28 et 30 septembre 2022 à une série de conférences organisée par la Fondation Culturelle Angel Herrera Oria, l’Université CEU San Pablo de Madrid et l’UNISCI sur “La transformation de l’OTAN : Europe, Méditerranée et Indo-Pacifique, implications pour les Forces Armées Espagnoles”.

Les conférences se sont tenues dans l’enceinte de l’Université CEU San Pablo et comptaient parmi les intervenants des universitaires et des personnalités importantes des domaines de la sécurité et de la défense : Carmen ROMERO, secrétaire générale adjointe de l’OTAN pour la diplomatie ; Professeur María Isabel NIETO (UNISCI – UCM) ; Professeur Mercedes GUINEA (UNISCI – UCM) ; Professeur Antonio ALONSO (UNISCI – Université CEU San Pablo) ; Professeur Antonio MARQUINA (UNISCI – Université Nebrija) ; Professeur Gracia ABAD (UNISCI – Université Nebrija) ; Colonel Enrique FOJON du Corps d’Infanterie de Marine ; General Federico YANIZ de l’Armée de l’Air et de l’Espace ; General Jesús ARGUMOSA de l’Armée de Terre ; Vice-amiral Enrique PEREZ RAMIREZ de la Marine.

Tout d’abord, Carmen ROMERO a offert un panorama très complet de l’OTAN dans le contexte actuel. En juin dernier, l’OTAN a revu son concept stratégique. Ce document a vocation à baliser l’adaptation stratégique ainsi que l’orientation politique et militaire de l’OTAN pour les dix prochaines années. Il est par conséquent directement lié aux évolutions géopolitiques. Le nouveau concept stratégique de l’OTAN réaffirme que la raison d’être de l’Alliance Atlantique consiste à assurer la défense collective de ses États membres et que les trois tâches fondamentales qui incombent à l’organisation sont la dissuasion et la défense, la prévention et la gestion des crises et la sécurité coopérative. Le contexte actuel de guerre en Ukraine montre que l’Europe n’est pas en paix. La Russie menace la stabilité de cette zone et constitue ainsi la menace la plus importante et la plus directe pour la sécurité des Alliés. Le nouveau concept stratégique de l’OTAN a été en partie déterminé par la nécessité de faire face à cette nouvelle menace. D’autres menaces pèsent sur la sécurité des états membres, notamment le terrorisme, les cyberattaques et la désinformation. Également, l’OTAN est confronté à des enjeux à l’échelle planétaire, tous liés les uns aux autres tels que le changement climatique, les nouvelles technologies, le désarmement et la non-prolifération. Par ailleurs, l’OTAN souhaite maintenir le dialogue avec la Chine car elle affiche des ambitions et mène des politiques contraires aux valeurs défendues par l’Alliance Atlantique.

Afin de compléter cet exposé, les professeurs Mercedes GUINEA et María Isabel NIETO sont conjointement intervenus sur la question de l’autonomie stratégique de l’Union Européenne (UE) qui, à première vue, paraît entrer en contradiction avec l’essence même de l’OTAN. Comme l’a clairement expliqué Mercedes GUINEA, l’OTAN joue un rôle clé et essentiel dans la sécurité des États membres de l’UE mais ces États sont en situation d’infériorité face aux Etats-Unis. Il est nécessaire, selon l’universitaire, que l’UE opère un rééquilibrage face à la puissance étasunienne et c’est l’autonomie stratégique de l’UE qui est la clé de ce rééquilibrage : il faut des politiques extérieures communes en matière de sécurité et défense qui permettront à l’UE de ne plus seulement dépendre des Etats-Unis pour sa propre sécurité. OTAN et autonomie stratégique de l’UE sont ainsi compatibles. L’UE est en train de s’orienter dans ce sens. En effet, comme l’a indiqué María Isabel NIETO, l’UE a créé en mars 2021 un fonds extrabudgétaire destiné à améliorer sa capacité à prévenir les conflits, consolider la paix et renforcer la sécurité internationale : la Facilité européenne pour la paix. Cependant la politique extérieure ne fait pas partie des domaines de compétence de l’UE. En effet, comme l’a rappelé María Isabel NIETO, chaque Etat membre détermine sa propre politique extérieure, ce qui rend plus difficile la mise en place d’une politique extérieure commune aux 27.

Ensuite, plusieurs universitaires ont exposé la présence et les intérêts de l’OTAN dans différentes régions du monde : région Méditerranée et Moyen-Orient/Sahel (Raquel BARRAS et Antonio MARQUINA), région Asie Centrale (Antonio ALONSO) et région Indo-Pacifique (Gracia ABAD et Antonio MARQUINA). L’OTAN a intérêt à maintenir des liens dans ces régions du monde car l’instabilité et les conflits dans ces zones peuvent être indirectement source d’instabilité pour ses Etats membres. Comme il a été rappelé, l’OTAN n’intervient militairement que lorsque l’un de ses États membres a fait l’objet d’une quelconque attaque armée. Par exemple, il n’est pas du ressort de l’OTAN d’intervenir dans un potentiel conflit armé entre la Chine et Taïwan car aucun de ces deux États n’est membre de l’Alliance Atlantique.

La deuxième journée a débuté avec une conférence, menée par le Colonel Enrique FOJON, sur la place de l’Occident, et notamment de l’Espagne, dans la nouvelle ère géopolitique. Ensuite, le Général Federico YANIZ, le Général Jesús ARGUMOSA et le Vice-amiral Enrique PEREZ RAMIREZ ont analysé les adaptations des Forces Armées Espagnoles face aux évolutions géopolitiques et les implications qu’elles engendrent.

Un débat a clôturé cette série de conférences, permettant aux participants d’exposer leurs réflexions et questionnements.

Ainsi, le contexte actuel de guerre en Ukraine a rappelé aux Etats européens que les conflits armés et l’instabilité perdurent et qu’ils n’en sont pas à l’abri. Ce conflit est au cœur des préoccupations actuelles de l’OTAN, organisation qui vise à garantir la sécurité collective de ses États membres depuis sa création en 1949.

Cléo Martel, Étudiante en Sciences Politiques, Université Sciences Po Rennes.

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